Pour des raisons rarement raisonnées, certains
animaux nous évoquent plus de choses que d’autres. Par exemple, dans l’imagerie
populaire, le grand dauphin n’est pas forcément considéré comme un prédateur à
la gueule garnie d’une rangée de dents impressionnante. Ou encore, les requins
souffrent d’un délit de sale gueule et d’une image de féroces gloutons, surtout
auprès de ceux qui n’en ont jamais vus en plongée. La réserve de
Banyuls-Cerbère a aussi des habitants au nom évocateur d’images variées.
Le poisson qui attire le plus les plongeurs sur ce
site est sûrement le mérou brun. Il est plus facile à observer
que sur les autres sites où sa présence se confirme de saison en saison, mais
où les rencontres sont bien plus furtives. Le mérou est casanier. Il fréquente
toujours les mêmes endroits, ce qui permet de le trouver plus facilement.
Encore plus que les corbs, une fois dérangé, il revient à son abri. C’est
pratique pour le plongeur qui passe après un troupeau d’énergumènes excités.
Les jeunes sont assez farouches alors que les vieux mâles ont plus d’assurance
et sont plus sereins. Pour l’approcher, il vaut mieux faire comme si on ne
l’avait pas vu, d’avancer très lentement sans remuer et guetter du coin de
l’œil ses réactions (comme le mouvement de la nageoire dorsale).
La dorade royale évoque au plongeur gourmand un
poisson grillé savoureux. Au passage, sa marque dorée entre les yeux ne
disparaît pas totalement à la cuisson, ce qui permet d’éviter de se faire
servir de la dorade grise à la place. Dame Nature pense à tout ! La dorade
royale peut se trouver juste sous la surface, dans la partie la plus oxygénée
de l’eau battue sur les roches affleurant. Elle se déplace de la surface au
fond avec vivacité, le plus souvent en suivant d’assez près les roches. Pour
l’observer de près, il vaut mieux bien calculer son coup de manière à se
trouver sur son passage, mais sans lui donner de mauvaise impression.
Le denti a un comportement assez comparable à
celui de la dorade royale. Souvent seul, il nage au-dessus du fond en gardant
une bonne distance avec le plongeur. Il sait faire preuve d’une grande vivacité
pour s’éloigner. Lui aussi, il vaut mieux faire comme si on ne l’avait pas vu
et se trouver sur son passage afin d’apprécier de plus près la teinte bleue de
son dos.
Rodant au milieu d’autres poissons en bancs, les
loups restent en pleine eau loin du fond. Solitaire ou en petit groupe, le loup
peut atteindre 70 à 80 cm, ce qui complique la cuisson en papillote. Dans la
réserve, ils sont peu farouches et le plongeur calme et patient qui saura
planer parmi les sars et les oblades pourra se laisser approcher par les loups.
Enfin, depuis quelques années, une espèce semble
s’être installée dans ce coin de Méditerranée. Le barracuda s’est implanté en
Roussillon et les rencontres à la réserve se font de plus en plus fréquentes.
Ce prédateur de pleine eau rode solitaire ou en bancs. Sa morphologie est
immédiatement reconnaissable, rappelant le brochet, d’où son surnom de brochet
de mer. Pour l’observer, plus encore que pour les autres, il faut garder un œil
dans le bleu vers la surface.
La réserve est l’endroit pour observer ces espèces.
C’est une chance pour le plongeur de faire la plupart de ces rencontres presque
systématiquement. Mais les animaux méritent le respect de leur tranquillité.
Plus le plongeur sera calme et délicat, plus il profitera sans déranger.
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