dimanche 27 décembre 2015

Espèces protégées, mais…

Il y a la réserve de Banyuls où les mérous bruns sont en théorie une vie assez paisible. Il y a les hippocampes que l’on observe sur quelques sites ces dernières saisons. Dans l’esprit de tout bon plongeur, ces différentes espèces sont emblématiques et protégées. Elles ne sont pas les seules que nous pouvons rencontrer et la liste des espèces ainsi que la notion de « protection » peuvent être floues.

Il y a quelques semaines, lors d’une explo tranquille de fin de week-end, j’ai eu le plaisir de voir ça :

 



Côte à côte, une grande cigale et du corail rouge, 2 espèces protégées.

J’ai déjà parlé du corail rouge Corallium rubrum (voir corail rouge). Cet animal qui a été abondamment récolté, pour ne pas dire surexploité, attise encore bien des convoitises. Protégé, il est pourtant encore l’objet de récoltes autorisées. On pourrait s’en étonner, non ?

 



La grande cigale Scyllarides latus a également été fortement pêchée pour sa chair soi-disant délicate. Elle est aussi protégée, mais peut également être exploitée selon les endroits et sous certaines conditions. Autre contradiction ?

 



Ces 2 espèces figurent dans l’annexe III de la convention de Berne et dans la convention de Barcelone. Malgré la répulsion naturelle que peuvent provoquer ces textes de loi indigestes, il n’est pas totalement inintéressant d’y jeter un œil pour savoir de quoi on parle.

 

La convention de Berne (texte intégral) : http://conventions.coe.int/Treaty/Commun/QueVoulezVous.asp?NT=104&CM=1&DF=10/16/2006&CL=FRE  : Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe

Ce qui pourra intéresser le plongeur dans ce pavé, ce sont les annexes : l’annexe II listant les « Espèces de faune strictement protégées » et l’annexe III listant les « Espèces de faune protégées ». C’est dans cette dernière qu’avaient été inscrits le corail rouge et la grande cigale à l’époque. Il faut noter qu’’ En vertu de l'article 7, les espèces de faune énumérées à l'annexe III doivent être protégées, mais une certaine exploitation est possible si le niveau de la population le permet. » Je laisse chacun juger de la marge de manœuvre que le texte suggère.

A titre d’anecdote, l’annexe IV indique les « Moyens et méthodes de mise à mort, de capture et autres formes d'exploitation interdits » et que cela concerne les mammifères, les oiseaux, les écrevisses et les poissons d’eau douce (le reste de la faune n’est donc pas concerné…). On peut y lire que l’usage des explosifs est interdit « excepté pour la chasse aux baleines ». Je rappelle qu’on est dans un texte de protection de la faune…

 

La convention de Barcelone  http://europa.eu/legislation_summaries/environment/water_protection_management/l28084_fr.htm et http://admi.net/eur/loi/leg_euro/fr_299A1214_01.html : Convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée.

« La convention de Barcelone de 1976, amendée en 1995, et les protocoles élaborés dans le cadre de cette convention visent à protéger l’environnement marin et côtier de la Méditerranée tout en encourageant des plans régionaux et nationaux contribuant au développement durable. »

 



 

On retrouve des annexes II « liste des espèces en danger ou menacées » et III « liste des espèces dont l’exploitation est réglementée » où figurent à nouveau le corail rouge et la grande cigale.

 

Alors, tout ce laïus pour quelle raison ? Je laisse aux juristes passionnés le loisir de tout éplucher, de trouver les multiples textes de modification, les variantes selon les pays signataires (chacun ayant eu envie d’avoir ses propres dérogations). Je pense qu’il est intéressant de consulter les listes afin de prendre connaissance des espèces qui peuvent nous paraître parfois très banales, sur lesquelles on ne s’arrête pas forcément en plongée (éponges, cnidaires, échinodermes…) et qui pourtant sont à protéger. Cette protection passe par la connaissance de ces espèces, puis par le comportement de chacun sous l’eau, sur les rochers, à marée basse, à la pêche, dans le commerce…

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