Il y a la réserve de Banyuls où les mérous bruns sont en
théorie une vie assez paisible. Il y a les hippocampes que l’on observe sur
quelques sites ces dernières saisons. Dans l’esprit de tout bon plongeur, ces
différentes espèces sont emblématiques et protégées. Elles ne sont pas les
seules que nous pouvons rencontrer et la liste des espèces ainsi que la notion
de « protection » peuvent être floues.
Il y a quelques semaines, lors d’une explo tranquille de fin
de week-end, j’ai eu le plaisir de voir ça :
Côte à côte, une grande cigale et du corail rouge, 2 espèces
protégées.
J’ai déjà parlé du corail rouge Corallium rubrum (voir
corail rouge). Cet animal qui a été abondamment récolté, pour ne pas dire
surexploité, attise encore bien des convoitises. Protégé, il est pourtant
encore l’objet de récoltes autorisées. On pourrait s’en étonner, non ?
La grande cigale Scyllarides latus a également été fortement
pêchée pour sa chair soi-disant délicate. Elle est aussi protégée, mais peut
également être exploitée selon les endroits et sous certaines conditions. Autre
contradiction ?
Ces 2 espèces figurent dans l’annexe III de la convention de
Berne et dans la convention de Barcelone. Malgré la répulsion naturelle que
peuvent provoquer ces textes de loi indigestes, il n’est pas totalement
inintéressant d’y jeter un œil pour savoir de quoi on parle.
Ce qui pourra intéresser le plongeur dans ce pavé, ce sont
les annexes : l’annexe II listant les « Espèces de faune strictement
protégées » et l’annexe III listant les « Espèces de faune
protégées ». C’est dans cette dernière qu’avaient été inscrits le corail
rouge et la grande cigale à l’époque. Il faut noter qu’’ En vertu de
l'article 7, les espèces de faune énumérées à l'annexe III doivent être
protégées, mais une certaine exploitation est possible si le niveau de la
population le permet. » Je laisse chacun juger de la marge de manœuvre que
le texte suggère.
A titre d’anecdote, l’annexe IV indique les « Moyens et méthodes de mise à mort, de capture et
autres formes d'exploitation interdits » et que cela concerne les
mammifères, les oiseaux, les écrevisses et les poissons d’eau douce (le reste
de la faune n’est donc pas concerné…). On peut y lire que l’usage des explosifs
est interdit « excepté pour la chasse aux baleines ». Je rappelle qu’on est dans un texte de
protection de la faune…
« La convention de Barcelone de 1976, amendée en 1995,
et les protocoles élaborés dans le cadre de cette convention visent à protéger
l’environnement marin et côtier de la Méditerranée tout en encourageant des
plans régionaux et nationaux contribuant au développement durable. »
On retrouve des annexes II « liste des espèces en
danger ou menacées » et III « liste des espèces dont l’exploitation
est réglementée » où figurent à nouveau le corail rouge et la grande
cigale.
Alors, tout ce laïus pour quelle raison ? Je laisse aux
juristes passionnés le loisir de tout éplucher, de trouver les multiples textes
de modification, les variantes selon les pays signataires (chacun ayant eu
envie d’avoir ses propres dérogations). Je pense qu’il est intéressant de
consulter les listes afin de prendre connaissance des espèces qui peuvent nous
paraître parfois très banales, sur lesquelles on ne s’arrête pas forcément en
plongée (éponges, cnidaires, échinodermes…) et qui pourtant sont à protéger.
Cette protection passe par la connaissance de ces espèces, puis par le
comportement de chacun sous l’eau, sur les rochers, à marée basse, à la pêche,
dans le commerce…